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VOYAGES

J'ai décidé d'entamer une sorte de tour du monde photographique en réalisant un reportage dans chaque ville ou pays que je visite. J'ai choisi de travailler en argentique, m'obligeant à réfléchir plus sur ce que je photographie et ainsi éviter le phénomène de surplus d'images présent avec le numérique. J'opte également pour des cadrages similaires de villes en ville, se caractérisant par de fortes plongées, des diagonales marquées, des compositions laissant apparaitre beaucoup de ciel (souvent une règle un tiers deux tiers), peu de personnages. Une photographie est redondante à chaque ville; il s'agit du lampadaire dans le ciel. Cette image représente pour moi la liberté et le plaisir de voyager, d'imaginer et de rêver. Elle fait le liens entre chacune de ces villes et ces pays si différent soit-il. Je vous laisse ci-dessus avec le texte d'une chanson qui me touche beaucoup et qui m'inspire dans ma démarche. 

JE T’ECRIS
Je t’écris des trottoirs de nos villes habillées en Noël, de quelques nuits d’hiver aux saveurs douces-amères.
Je t’écris de ces soirs de lumières, des yeux émerveillés de cette petite fille au pied d’un grand sapin sur la cinquième avenue.
Je t’écris d’un départ, d’une valise oubliée. Je t’écris d’un lac blanc où ce couple patine.
Je t’écris d’un désert où l’épave d’un bateau se souvient de la mer, je t’écris d’une terre où des maisons s’écroulent.
Je t’écris de Venise, où les amants s’éveillent au son de vieux clochers, il y neigera peut-être encore cette année.
Je t’écris de la mer, au large de Gibraltar le regard vers Tanger, je t’écris de l’Afrique où l’on meurt par milliers.
Des quatre coins de la terre, je t’écris des tranchées de guerres abandonnées.
Je t’écris d’un baiser, de ce banc de Paris où deux amants s’enlacent dans leur éternité et que rien ni personne ne pourrait déranger.
Je t’écris d’un café, de l’aile d’un avion où nos mémoires s’enlacent dans ton éternité et que rien ni personne ne pourrait m’enlever.
Je t’écris de ces ciels de quart monde où les corps si légers d’enfants trop peu nourris s’élèvent sans faire de bruit.
Je t’écris de la rue où l’on danse et l’on chante.
Je t’écris du plumier d’un vieillard solitaire à la chambre oubliée
Je t’écris de la part de ces dieux impuissants aux noms desquels on tue. Je t’écris de la main de ces hommes de paix qui n’ont pas renoncé.
Je t’écris de la Seine, la tour Eiffel y brille dans des reflets passés. Je t’écris du souvenir d’un baiser par milliers.
Des quatre coins de la terre, je ferai le tour du monde, d’un jour très ordinaire. Je t’écris de ce rêve de t’avoir tant aimé.
Je t’écris ébloui par tant d’humanité
— © Grégory Lemarchal | Texte : Marc Lévy


COULROPHOBIE

Gravée dans ma mémoire, l’image d’un clown joyeux, coloré, me regardant avec gentillesse, des ballons dans les mains. Ma vision se trouble, une image parallèle se transpose, celle d’un clown blanc, aux cheveux rouges, les dents acérées et les yeux révulsés qui m’observe en souriant. Que savons-nous vraiment sur les clowns ? Que cachent-ils derrière leur maquillage et leur sourire ? Ont-ils réellement une face cachée ? Sont-ils uniquement ces êtres joviaux que la majorité des enfants adorent ? Est-ce simplement mon esprit phobique qui engendre cette déformation du clown ?

     Ces réflexions m’ont poussée à illustrer ma plus grande peur et à l’affronter. Je suis alors entrée dans la peau de ce personnage qui m’effraie. J’ai imaginé, habillé et maquillé mon entourage pour les photographier dans un studio chez moi. J’ai réalisé des portraits rapprochés afin de focaliser l’attention du spectateur sur le visage, partie la plus caractéristique du personnage. Grâce à la lumière émise par les flashes, le choix des vêtements et du fond de couleur ainsi qu’à ma tablette graphique, j’ai pu recréer deux univers propres à chacune de mes perceptions des clowns. J’ai laissé mon inconscient et ma phobie s’exprimer. En visionnant ces bustes sur mon écran, j’ai appris à les voir tel qu’ils sont, à donner corps au phénomène qui se produit dans mon esprit et à illustrer ma manière des les percevoir.

           Par des triptyques me permettant de représenter plusieurs « états » du clown,  je cherche à créer une tension, à rendre les spectateurs mal à l’aise face à mes clichés et à illustrer une perception de ce personnage qu’ils ne conçoivent peut-être pas.

         Plusieurs artistes, qu’ils soient photographes, peintres, ou écrivains, se sont intéressés à ce personnage.  On peut citer, par exemple, Stephen King dans son œuvre « It », que reflète le stéréotype du clown méchant étant à l’origine de l’industrialisation de cette phobie dans le cinéma d’horreur. Mais également Sophie Moet, étudiante en photographie qui crée une image inquiétante du clown dans sa série « Circus Memories » ou encore le peintre et dessinateur hollandais Asger Jorn qui, avec son dessin « Le Clown en Danger »,  rend une perception minimaliste de ce personnage. C’est sur ces quelques références que je vous invite à voyager entre réalité et fiction, humanité et laideur.